Pôle emploi ou la fusion anpe assedic pour les nuls


Les syndicats de Pôle emploi sonnent l'alarme sur les suicides L'Expansion - Emilie Lévêque -  13/10/2009

Depuis la fusion de l'ANPE et des Assedic en janvier dernier, le stress et la souffrance au travail à Pôle emploi montent en flèche. Les syndicats craignent l'augmentation du nombre de suicides. La direction reste discrète sur le phénomène. L'Expansion.com a mené l'enquête.

"Pôle emploi est au bord de l'implosion". C'est le constat alarmant dressé lundi par le Snutef-FSU, un syndicat d'inspecteurs du travail, qui tire la sonnette d'alarme : "Il y a déjà eu plusieurs suicides liés au travail à Pôle emploi". "Je sais qu'il y a plusieurs cas de suicides", nous confie un intervenant extérieur chez Pôle emploi, sous couvert d'anonymat.

La semaine dernière, un agent du Pôle Emploi de Bonne Source à Narbonne (Aude), a tenté de se suicider dans son bureau. Adjoint au directeur, il avait un poste à fortes responsabilités. Selon Midilibre, l'homme subissait un harcèlement régulier depuis des semaines et la fusion entre l'ANPE et les Assedic. D'autres tentatives de suicide d'agents de Pôle emploi se sont déroulées récemment en Pays de Loire et dans le Languedoc-Roussillon, selon les syndicats de l'organisme public de l'emploi. En février dernier, un employé du Pôle emploi de Saint-Quentin dans l'Aisne s'est pendu la nuit sur son lieu de travail.

Officiellement, un suicide et cinq tentatives ont été enregistrés depuis le début de l'année à Pôle emploi sur le lieu de travail, selon le bilan présenté par la direction aux élus du personnel lors d'un CNHSCT (Comité National d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail) vendredi 9 octobre. Les syndicats veulent ajouter à ce compteur les tentatives de suicides ou suicides en dehors du lieu de travail. Selon eux, il y en aurait eu une douzaine, voire une quinzaine depuis un an. Leurs réponses à cette question sont discordantes.

Y a-t-il une omerta sur les suicides?

"Nous n'avons pas de liste exhaustive, la direction ne communique pas dessus. Nous n'avons que des bribes d'informations", explique Loïc Barboux, délégué syndical FO à Pôle emploi. "Difficile de compiler les chiffres car les CHSCT régionaux sont isolés et la direction fait tout pour éviter un regroupement", poursuit Martin Houdan, élu SNU-FSU au CNHSCT de Pôle emploi. "Au niveau de la direction, c'est l'omerta totale, renchérit Philippe Sabater, responsable national SNU-FSU de Pôle emploi. Cela concerne aussi bien les tentatives de suicides que les arrêts maladie. Mais l'alerte est sérieuse ! La principale conclusion des expertises réalisées par des cabinets indépendants pour des CHSCT régionaux depuis le début de l'année est que l'entreprise présente des risques psychosociaux alarmants", ajoute-t-il.


"Les chiffres sont connus et communiqués lors des CHSCT, se défend la direction de la communication de Pôle emploi. Concernant les chiffres des suicides à domicile, il est délicat d'en connaître les causes et de les lier au travail. De même, nous ne connaissons pas le nombre d'arrêts de travail pour dépression, en raison du secret médical."

Pour les syndicats, la fusion entre les ex-ANPE et Assedics est à l'origine de la souffrance au travail des agents de Pôle emploi. "Je ne veux pas pousser la comparaison avec France Télécom mais ces suicides sont du même ordre puisqu'ils mettent en cause la réorganisation de l'entreprise, des métiers et des compétences", souligne Martin Houdan (SNU-FSU). "Il y a une réelle souffrance au travail à Pôle emploi, liée à la fusion à marche forcée ", confie Jean-Cyril Le Goff, délégué syndical national UNSA de Pôle emploi. Son syndicat s'était pourtant prononcé en faveur de la fusion. Mais la direction"confond vitesse et précipitation", précise-t-il. "Les salariés sont soumis à des objectifs de la direction et du gouvernement ; ils sont soumis à d'autant plus de pression que le nombre de chômeurs explose."

En réponse à cette situation, la direction avance les mesures déjà prises pour accompagner la fusion, comme la mise en place d'un numéro vert d'assistance ou des cellules de veille psychologique. Un questionnaire sera envoyé en novembre aux 46.000 salariés de Pôle emploi afin d'"identifier les causes et les facteurs qui peuvent créer un risque de souffrance au travail". A partir de ce diagnostic seront établis "des plans d'action aussi bien au niveau régional qu'au niveau national".

Les difficultés de la fusion, un sujet politiquement sensible

Cette réponse ne satisfait pas les syndicats. "Les mesures annoncées sont extrêmement désinvoltes par rapport à la gravité du malaise des salariés", estimeMartin Houdan (SNU-FSU). "Ce sont des mesures curatives, critique Jean-Cyril Le Goff. Il faut aller plus loin à la racine du mal, en ralentissant le rythme de fusion des sites et des métiers et en augmentant les moyens humains."

Admettre les difficultés de la fusion entre les Assedic et l'ANPE, née juridiquement le 19 décembre 2008 et effective depuis le 5 janvier 2009, est un exercice politiquement sensible. En dépit d'un grand nombre de témoignages et reportages sur la malaise des agents de Pôle emploi, la direction et le gouvernement persistent à vanter les mérites de cette réforme, voulue par Nicolas Sarkozy. "Je ne ressens pas du tout de grand bazar ni dans la gestion quotidienne de Pôle emploi ni dans l'ambiance de travail", a lancé en septembre Christian Charpy.


Une chose est certaine : cette analyse du directeur général de Pôle emploi ne pourra être officiellement infirmée. En effet, la Direction générale du Travail a donné à l'inspection du travail la consigne de s'abstenir d'intervenir chez Pôle emploi.
Motif : le statut particulier de ce "mouton à cinq pattes", entre public et privé. "Nous permettre d'enquêter chez Pole Emploi - pour, par exemple, proposer ensuite une mise en demeure signée du directeur départemental du travail exigeant une évaluation sérieuse des risques psychosociaux et un plan d'action - pourrait paraître "politiquement incorrect" dans le giron du service public de l'emploi", déplore le SNU-TEF.


Sept syndicats de Pôle emploi ont appelé à une grève unitaire de 24 heures le 20 octobre prochain. Ils dénoncent notamment "la dégradation des conditions de travail". "Au nom de l'affichage d'une fusion "réussie", Pôle Emploi crée mal-être pour les agents et services dégradés pour les usagers", explique le communiqué de l'intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CGT, Snpa, SNU, Unsa, Sud emploi). Risques psychosociaux et mauvaises conditions de travail seront également au menu d'une réunion extraordinaire du CNHSCT fin octobre.

Mar 13 oct 2009 49 commentaires
Tiens, FO n'appelle pas à la grève ? Bizarre, eux qui sont officiellement contre tout, et ben là non...pas de grève. Cherchez l'erreur.
dj-jm - le 13/10/2009 à 21h53
Alors que tous les compteurs sont au rouge, Charpy persiste dans son déni de la réalité de la fusion qu'il met en oeuvre avec zèle.

Charpy est tout simplement l'instrument et le complice volontaire de la souffrance des agents de Pole Emploi.

Nous n'avons rien à attendre d'un tel personnage et puisqu'il représente le gouvernement, puisse-t-il essuyer notre foudre...

Tous en grève le 20 octobre !!!
hecate - le 13/10/2009 à 22h26
Si si , FO appelle aussi à la grève le 20. Les revendications sont justes différentes:

- la suspension du déploiement des sites mixtes
- l'arrêt de la mise en place de l'entretien unique.
- des recrutement en CDI avec les formations afférentes,
- le respect, pour les agents issus des 2 institutions, de leur métiers d'origine pour faire face à la crise et à la désorganisation.
chtiote poline - le 13/10/2009 à 22h50
Charpy a dit "des portefeuilles a plus de 200 Demandeurs..arretez c'est du fantasme.." il va voir si la greve et le ras le bol extreme des agents sera un fantasme le 20 octobre !
cedubidon - le 13/10/2009 à 23h25
Eh oui, FO appelle aussi à la grève le 20 octobre, avec des revendications identiques à celles des 7 syndicats unis... sauf la négo de la CCN, puisque FO a approuvé par sa signature le calendrier accéléré de négociation et le fait de boucler une CCN "chèque en blanc".
Tant pis pour eux :)
Nino - le 14/10/2009 à 00h11
et oui FO ne peut pas venir nous rejoindre, le stylo chauffe déjà dans leur main, la CCN à signer c'est pas rien, et vite surtout... par contre ne pas dénoncer les conditions de travail ça la fout mal alors tant pis ils vont y aller tout seul, enfin ils vont y aller à demi
et la CFTC ? plus de son plus d'image ?
paquerette - le 14/10/2009 à 00h33
il manque bien 2 syndicats dans cette lutte pour la survie des collègues : FO et CFTC !
dans le texte avec les 7 syndicats , il y a bien le SNAP, il me semble ? là c'est une faute de frappe dans l'article ?
popole - le 14/10/2009 à 02h07
Pôle emploi avait pour ambition de devenir le "service RH de la France". C'est ce qu'il est en train de devenir, même si c'est à marche forcée et quel qu'en soit le prix à payer pour les agents. Tout cela est hélas très représentatif de l'état de la gestion des RH dans notre pays.
géotrouvetout - le 14/10/2009 à 05h32
Et encore ce sinistre décompte avec bataille de chiffres sur les morts ou postulants ne tient absolument pas compte des arrêts de travail et des collègues qui craquent dans la journée et se mettent à pleurer. Marre de cette hypocrisie : ça va mal, très mal, on a aucune vision ne serait-ce qu'à moyen terme : chaque jour une nouvelle usine à gaz se met en route, qui chamboule tout mais dont on sait pertinemment qu'elle aura une durée de vie très courte car changements de locaux, restructurations diverses. Ca c'est en interne, mais l'intranet change tous les jours, on perd des plombes à retrouver l'info, qui d'ailleurs devient caduque à peine votée, on reçoit les gens au milieu des travaux.
Merde!
paule ka - le 14/10/2009 à 07h17
ce qui serait drôle et efficace c'est de tous se retrouver sous les fenetres de notre DG mardi 20 avec la presse et faire passer une bonne journée aux habitans de ce trop cher siége social.
biloutte - le 14/10/2009 à 08h35