
"LA FUSION POUR LES NULS"
« Nous sommes au front. Nous faisons
tampon, buvard et bientôt punching ball ! »
«J'VAIS t'enterrer vivante ! » « Vieille peau ! » Ce sont les seuls mots que les salariés syndiqués FO ont osé répéter, lundi matin, lors d'une de leur réunion
départementale.
Ecœurés, désorientés, ils n'ont pas souhaité revenir trop en détail sur l'agression qui a eu lieu, vendredi dernier, dans les locaux du Pôle Emploi Montjoly à Charleville-Mézières.
Car l'individu mis en cause a semé la panique et choqué les esprits : « Il a bousculé le bureau, fait mine de vouloir frapper, il a volé des clefs et enfermé des agents dans leur bureau… Deux
conseillères ont fait une crise de nerfs. »
« Nous sommes au front »
Les forces de police ont dû intervenir pour calmer la situation. « Après leur départ, deux femmes pleuraient encore ». Pourtant personne n'a porté plainte par crainte des représailles.
Résultat des courses pour la déléguée syndicale Béatrice Delizée (FO) : « Aujourd'hui les salariés ont peur d'occuper le poste d'accueil ».
Et pas seulement à Charleville-Mézières. Car insultes et injures sont quotidiennes pour ceux qui doivent faire face les premiers au public. « Nous sommes au front. Nous faisons tampon, buvard et
bientôt punshing ball ! »
Pourquoi de tels éclats ont lieu chaque jour ? Pour ces salariés, la fusion « très mal préparée » en est la principale cause.
Très concrètement, les ex-ANPE (car la fusion n'a pas encore vraiment eu lieu dans le langage quotidien) estiment ne pas avoir eu assez de formation
pour pouvoir assurer la partie Assedic : trois jours de stage au lieu d'une année.
Rappel à la loi pour l'agresseur
Ils ne disposent pas non plus toujours du matériel adéquat. « A l'accueil, nous n'avons qu'un ordinateur pour renseigner les gens. Or, les informations ANPE et Assedic sont sur deux logiciels
différents. Il faut donc changer selon les demandes et attendre que le collègue ait lui-même terminé. »
D'autres n'ont plus « accès à leur messagerie dans laquelle est stockée leur documentation ».
Le syndicat FO dénonce un manque de moyens, ainsi que la loi du chiffre : « Nous devons voir 70 % des personnes inscrites depuis plus de trois mois ; parallèlement, nous devons faire 40 relations
entreprises mensuelles… On ne nous demande plus de la qualité, du cas par cas, mais de la quantité, du collectif »
Les agents s'inquiètent encore de voir une partie de leurs missions désormais sous-traitées, comme l'accompagnement social individualisé la rédaction de CV, par exemple).
Au lieu de simplifier la vie des usagers, ces témoignages laissent plutôt entendre que la fusion a créé la confusion. « À croire que l'on veut supprimer ce service public », commente Béatrice
Delizée.
Pour l'heure, bien que personne n'ait porté plainte, l'individu qui a été interpellé vendredi fera l'objet d'un rappel à la loi par le délégué du procureur pour outrage à une personne chargée
d'une mission de service public.
Nathalie DIOT