Partager l'article ! La taupe de Pôle emploi.: En avant-première, quelques extraits du livre de Gael Guiselin "Confessions d'une taupe à Pôle emploi ...
La revue mensuelle de la fusion pour les nuls
En avant-première,
quelques extraits du livre de Gael Guiselin "Confessions d'une taupe à Pôle emploi"
sur le blog de Marc Landré ---} link
Pôle emploi : les confessions d'une taupe
MERCREDI 10 MARS sort un livre que je vous invite à acheter si jamais vous vous intéressez à l'emploi.
Il s'appelle "Confessions d'une taupe à Pôle emploi". Il a été écrit par un conseiller, Gaël Guiselin - un pseudo - avec le concours
d'une journaliste, Aude Rossigneux. Décapant, instructif, anecdotique, ce petit opus de 132 pages est un témoignage de la vie compliquée, pour cause de fusion et de crise, d'un conseiller Pôle
emploi. On y apprend comment radier les demandeurs d'emploi est un sport à la mode, comment la mise en place du 3949 a poussé au ridicule ou
comment les employeurs font leur marché parmi les chômeurs... Je vous en fais partager quatre passages, que je trouve révélateurs.
Gaël Guiselin parle page 48 d'une directrice d'un site parisien surnommée "la caporale" célèbre "pour ses tailleurs ringards, sa poignée de main crispée et son taux de radiation". Pour elle,
aucune excuse n'est valable et tout est bon pour radier un chômeur. "Ni la gastro du petit dernier, ni l'enterrement du grand-père, ni la jambe dans le plâtre." Une page plus loin, le conseiller
raconte l'histoire de cette mère de famille venue le voir parce que son fils avait été radié faute de s'être présenté à un entretien. Il avait pourtant la meilleure des excuses : il venait de
décrocher un CDD de 4 mois et, cerise sur le gâteau, avait appelé le 3949 pour indiquer qu'il ne pourrait pas se rendre à la convocation. Il avait même envoyé un double de son contrat de travail
qui a été enregistré. Plutôt que d'être transféré dans une autre catégorie pour éviter de repartir à zéro le jour venu, il a été radié. "C'était trop tentant. Pourquoi louper une occasion de se
faire bien voir?", condamne Gaël Guiselin à l'adresse de sa collègue qui a reconnu avoir radié le jeune homme. Mais l'histoire, qui serait risible si elle ne concernait pas de vraies personnes,
ne s'arrête pas là. La maman, elle-aussi, a été radiée parce qu'elle ne s'est pas rendue à une convocation alors qu'elle était souffrante et avait envoyé un justificatif d'arrêt maladie qui avait
bien été enregistré. "Je n'ai pas osé lui demander si un autre membre de sa famille était inscrit dans notre agence", ironise alors le conseiller.
Autre exemple, page 68, que je connaissais pas. Il s'agit d'un dispositif, "l'évaluation en milieu de travail" (EMT) qui permet à un employeur
de tester pendant dix jours un demandeur d'emploi avant de l'embaucher. "Aucun coût pour l'entreprise, elle ne verse pas de rémunération au chômeur qui continue de percevoir ses prestations.
Mieux, l'entreprise est rémunérée : environ 2 € par heure pendant la durée de l'EMT". Soit 160 euros pour 80 heures. A l'issue de cette pré-période d'essai, "le supposé embaucheur peut évidemment
en rester là. Le candidat, lui, aura travaillé pour le même prix que son chômage, dans les mêmes conditions matérielles que ses très provisoires collègues, et souvent engagé des frais de garde
d'enfants, de transports ou de restauration."
Autre histoire, page 83. Celle d'un demandeur d'emploi qui appelle le 3949 pour effectuer une formation. Le conseiller lui conseille de passer par son agence. Et le chômeur de lui répondre :
"C'est ce que j'ai fait, mais ils m'ont renvoyé sur le 3949." Après examen de son dossier, Gaël Guiselin s'aperçoit que ce chômeur dépend de son agence et qu'il appelle... depuis le hall. "Pour
qu'il obtienne ses renseignements, il aura fallu qu'il fasse la queue à l'accueil, qu'il téléphone depuis un poste qui jouxte le guichet, que le serveur vocal le renvoie sur un agent situé à 5
mètres de lui, que je vienne à sa rencontre et que le conduise à une personne compétente. Tout ça pour obtenir un formulaire", se désolé le conseiller.
Dernier exemple, page 108. Gaël Guiselin explique ce qu'est un "portefeuille dormant" de chômeurs qui n'ont aucun intérêt à rechercher un emploi (femmes enceintes, seniors dispensés de recherche
d'emploi...) et que les conseillers gardent "au chaud en hibernation" plutôt que de les radier. Il arrive même que des entretiens fictifs soient montés pour leur permettre de conserver leurs
allocations.
Marc Landré