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Injures raciales : une «
cliente » de Pôle emploi à la barre
En ce 23 décembre, une ambiance de veille de Noël règne au Pôle emploi de Reims. Flore G., mère au foyer arrivée depuis plusieurs années de Guyane, se présente
alors pour demander un changement d'orientation professionnelle. Accueillie par un conseiller - un homme noir -, elle demande à rencontrer un psychologue, mais aucun des spécialistes n'est
disponible. Flore G. demande alors à parler à un conseiller. « Je suis conseiller », lui rétorque le fonctionnaire. « Ce n'est pas écrit sur votre front, », lance la dame. Le ton monte. S'ensuit
une bordée d'injures d'une violence rare. Flore G. commence par rappeler qu'elle est « Française », qu'elle est « chez elle » et a « tous les droits ». Puis elle ajoute à l'attention du
conseiller : « Retournez dans votre Afrique de merde où l'on meurt du sida. Vous avez une tête de sidaïque ». Sur sa lancée, elle balance : « sale noir, sale macaque ». Et nous arrêterons là des
propos qui se sont poursuivis pendant une vingtaine de minutes, malgré l'intervention de plusieurs conseillers du Pôle emploi. Quatre d'entre eux sont venus témoigner de la violence des paroles
inqualifiables de la mère de famille.
À la barre du tribunal correctionnel qui la jugeait pour injures publiques sur une personne en raison de sa race, Flore G. a expliqué que le conseiller lui avait, le jour des faits, « manqué de
respect. Je voulais travailler avec des personnes âgées, il m'a dit que j'étais malade et que cela se voyait. Il m'a fait mal ». Quant aux injures raciales, la prévenue - qui ne semble pas
comprendre la portée de ses paroles - confirme à la barre que « ce sont les Africains qui contaminent tout le monde en métropole ». Le conseiller du Pôle emploi a gardé son calme le 23 décembre
mais a passé « le plus mauvais Noël de ma vie ». Meurtri, il explique : « Cela fait 20 ans que je travaille au Pôle emploi. Les injures résonnent encore dans ma tête aujourd'hui ».
Délire raciste
Me Nicolas estime que son client a « dû faire face à un déchaînement et à une vague d'injures totalement injustifiées ». Il est clair, selon lui, que ce 23 décembre a catalysé « un antagonisme
entre gens de différents continents. Où va-t-on ? », s'insurge-t-il face à des propos « intolérables, à caractère raciste. Mon client s'est fait incendier, traiter comme une larve, un vieux
chiffon… ». Il demande au tribunal de condamner la cliente du Pôle emploi à 2.000 euros de dommages et intérêts pour réparer le préjudice moral de l'homme « qui sert depuis 20 ans les usagers de
l'administration. Il faut rappeler à cette dame la notion de respect. »
La substitut Marie Truchet qualifie de « délire raciste » les propos de la prévenue. Elle rappelle que les injures ont été entendues « par quatre témoins tous horrifiés. Cette dame a affirmé,
devant ses propres enfants - quelle belle leçon de civisme ! - la supériorité de la nationalité française sur autrui. Elle a été blessante à dessein. On ne peut admettre dans notre pays de tels
propos consternants. » Elle requiert une peine de prison avec sursis ainsi que l'affichage de la décision du tribunal pendant deux mois à la porte du Pôle emploi. Pour la défense, Me Ammoura a
assuré au fonctionnaire qu'il ne doutait pas qu'il ait été « affecté d'être traité de sale noir et de sale macaque. Ma cliente a regretté ses propos lors de son audition. Je suis le premier à
condamner ces propos ». L'avocat précise que Flore G. « a mal pris un échange de mots. Je dis échange car, elle aussi, s'est entendue dire qu'elle était malade et que cela se voyait sur son
visage ». Mais il qualifie lui aussi de « délire » les propos de sa cliente et demande au tribunal de « ne pas donner plus d'importance à cette affaire qu'elle n'en mérite ».
Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 11 mai prochain.
P.B.