Partager l'article ! Conseiller à Pôle emploi: un métier sous tension.: La hausse du chômage remet Pôle emploi sous tension Les Echos ...
La revue mensuelle de la fusion pour les nuls
Les Echos 3 janvier 2012
C'est une histoire de vases communicants à hauts risques. Qui dit hausse du chômage dit hausse des inscriptions à Pôle emploi. L'enjeu pour l'opérateur public est de taille : éviter que se reproduise la même catastrophe qu'en 2008, où la conjonction du lancement de la fusion entre l'ANPE et les Assedic avec la crise avait provoqué quelques couacs dans le traitement des demandes d'indemnisation. Il est décuplé par la pression politique de la très prochaine élection présidentielle.
La tâche est pourtant aujourd'hui encore plus grande qu'il y a trois ans pour l'opérateur. En septembre dernier, les entrées sont revenues à leur niveau de septembre 2010, à 700.000 (pic de rentrée). La situation s'est calmée en octobre et novembre, mais n'a pas atteint un niveau record pour ces mois d'automne, augurant d'un changement d'échelle. Ainsi, selon les statistiques publiées la semaine dernière, en données brutes, Pôle emploi a enregistré 563.000 entrées rien qu'en novembre, à peine 10.000 de moins qu'en octobre. Ce chiffre est supérieur de près de 110.000 à celui de novembre 2008. La correction des données saisonnières montre une tendance encore plus inquiétante avec un pic jamais égalé depuis la refonte de la nomenclature des catégories de chômeurs le mois dernier, à 519.000 entrées à Pôle emploi.
Pour l'instant, l'opérateur public est catégorique. Il affirme que la situation est maîtrisée : « Nous n'avons pas accumulé de retard sur les dossiers ; on a tiré les leçons de 2009, à chaque fois qu'on sent monter des difficultés dans une région, on met des organisations en place », indique-t-on. Pôle emploi note également une poussée des appels d'inscription mais dans un contexte de stabilité globale de l'activité téléphonique du 3949.
Pas d'effectifs supplémentaires
La difficulté s'annonce surtout sur le suivi des demandeurs d'emploi. Le nombre de chômeurs suivis en moyenne par conseiller a atteint en novembre le niveau inquiétant de 115 contre 105 fin 2010 et 85 fin 2008. Et le mouvement n'est pas près de s'arrêter.
On comprend d'autant mieux que le nouveau directeur général de Pôle emploi, Jean Bassères, ait affirmé clairement l'abandon de l'objectif de revenir à 60 chômeurs suivis par conseiller en entrant en fonction, lui préférant un service public différencié selon l'éloignement à l'emploi, comme c'est prévu dans la nouvelle convention tripartite Etat-Unedic-Pôle emploi. Le suivi mensuel généralisé, souvent formel et chronophage, va vraisemblablement devoir être abandonné très vite. Toute la difficulté va être de mettre en place rapidement une autre organisation assurant un suivi réellement différencié suivant la situation du chômeur et non la tension à laquelle fait face l'agence de son bassin d'emploi, alors qu'il n'est pour l'instant pas question d'une quelconque rallonge sur les effectifs, dont la stabilité en 2012 a été acquise de haute lutte. En décembre 2010, déjà, souligne un rapport récent du Sénat, « 32,2 % des conseillers suivaient plus de 130 demandeurs d'emploi et des pointes à plus de 200 demandeurs [n'étaient] pas rares dans des bassins d'emploi sinistrés ».
Note LFPLN: cet article a fait réagir un grand nombre de lecteurs sur la calcul du nombre moyen de demandeurs d'emploi par portefeuille. Nous
publions en annexe une intéressante contribution issue de la région Aquitaine, permettant d'éclairer les lecteurs non-avertis ou extérieurs à Pôle emploi:
Portefeuille moyen 2012 janvier
Donc oui, j'attends qu'on arrête le SMP tel qu'il se pratique avec ses dérives chiffrées qui stressent les ELD et qui donc nous stressent encore plus...
Qu'on nous rende ce qu'on avait avant la fusion : la possibilité de gérer notre portefeuille comme on le souhaite et qu'on nous fiche la paix avec les dates d'échéance dépassées... j'ai une centaine de DE que je ne peux pas voir tous les mois (attente de visite médicale, reconnaissance TH, attente de début de formation, auto entrepreneur (un bon paquet, là), artistes en attente de leurs 507 heures, etc. le truc classique comme tout le monde et j'ai arrêté il y a peu de faire des régul systématiques car quand on se fait contrôler et qu'on a des "faux" systématiquement sur ces entretiens et vu mon "stock" de DE non régularisé la probabilité d'être contrôlée sur un dossier "latent" est de 50% quasiment et on a beau dire, c'est chiant de voir des "faux" synonymes de "tu fais mal ton boulot, t'es pas dans la droite ligne du bon conseiller". On a du mal à faire notre taf et on a un collègue qui va aller vérifier nos dossiers et mettre des appréciations : ça m'agace profondément ! être évalué par un supérieur hiérarchique, je comprends, c'est sur sa fiche de poste, mais mon "égal", je dirais même que ça m'irrite ! autant je comprends que les dossiers indem soient contrôlés (y'a des sous !) mais nous... on parle de certification iso machin, mais flûte, quoi ! comment peut-on certifier des compte-rendus d'entretien ? je dis ça parce qu'il y a des collègues flippés par le contrôle qui font des entretiens stéréotypés en mettant en exergue à chaque fois l'espace personnel (c'est noté), la mise à jour des actions, recherche systématique d'offres même si la personne pour des raisons x ou y n'en a pas besoin... ils passent bcp de temps à codifier, faire des trucs administratifs souvent inutiles par peur d'avoir un "faux" sur un contrôle. Je peux comprendre cette peur, mais du coup, on perd un temps précieux d'échange avec les gens car on doit remplir des cases et mettre des mots clés !
Ca bouffe du temps comme pas possible, pour le coup c'est pas productif au sens noble du terme, mais ça fait plaisir à notre Administration Centrale -pardon, notre Direction Générale- qui peut en tirer des statistiques tout aussi administratives et aussi détachées de la réalité (comme la taille des portefeuilles par exemple) et cocoricoter sur la certification et le respect de normes qualité qui ne veulent pas dire grand-chose (pour info PIP aussi était certifiée et les audits -effectués par des organismes réputés kolossalement sérieux- élogieux).
On voit aujourd'hui le résultat.
130 personnes à suivre en moyenne ? Mais quelle connerie !
En agence, en moyenne on a en portefeuille en 200 et 350 personnes !
Si on avait en France des journalistes qui avaient un minimum de concience pro, ils enquêteraient, c'est facile, il suffit juste d'avoir un bon contact qui sort via les outils de pilotage pole emploi les tailles de portefeuille agence par agance, pour constater que pole emploi "joue" avec les chiffres, et "joue" même avec le Sénat, de quoi faire un vrai article de journaliste quoi...
Sur 47000 agents, combien ont aujourd'hui un vrai portefeuille et les formations pour le suivre ? (quand il existe au moins un plage SMP dans les 3 mois à venir pour recevoir!) Je dirais 15 à 20000 maximum.
Combien d'inscrits en catégories suivies ? (a+b+c) 4244800 en novembre.
4244800 /20000 = 212.24
CQFD
C'est pas savoir enquêter qu'il faudrait apprendre à nos journalistes "gouvernementaux", ce serait plutôt de leur refourguer le stock de nos vieilles calculatrice assedic 2002 convertisseur franc euros.
4244800 /115 = 36911.
Nous serions donc 36911 "conseillers" selon les stats présentées au Sénat pour novembre (115 D.E. par conseiller)
Et donc il ne resterait aujourd'hui QUE 10000 personnes affectées aux autres activités (cadres de tout poil et de tout niveau des ELD à Bassère, fonction indemnisation (!), appui, rh...)
Les sénateurs, qui je l'espère, ont appris à l'école à faire une division, sont ils vraiment dupes de cette grossière supercherie ?
L'emploi est une problématique politique. Cette problématique est finalement le choix d'un système, au travers du chômage de masse et au travers de la précarité volontariste au sens du capital en général.
Seul leur importe le financement de ce chômage de masse et la précarité qui l'accompagne. D'où l'orientation de plus en plus probante du basculement de la cotisation solidaire vers la fiscalité (TVA sociale, entre autres).
En clair un désengagement progressif du capital(patronat) des financements de la protection sociale (cotisations) en direction d'un financement par les seuls salariés (diminution drastique du supposé "coût du travail").
Actuellement pour le pôle emploi seule l'indemnisation des chômeurs et précaires (potentiellement dangereux) est au coeur des préoccupations politiques.
Tant que ces millions de chômeurs et précaires seront en temps et en heure indemnisés les beaux jours du capital pourront se perpétuer.
Le reste est secondaire (malheureusement bien entendu). Les cris d'orfraie ou les postures compatissantes émanant de ces gens là ne constituent que la partie visible de l'iceberg.
Indemniser est fondamental pour eux et, tant qu'à faire, autant que les pauvres payent les pauvres (les clubs de pensée ont déjà déniché une partie de la solution).
L'indemnisation et ses statistiques quasi permanentes, ses situations anxiogènes (pour les agents) chaque fin de mois dénotent, s'il le fallait, le souci majeur des dominants.
Un mouvement, un seul, et les renforts seraient trouvés rapidement, comme par enchantement.
Sur notre site, on a actuellement 5 personnes qui ne travaillent plus pour ANPE/Pole emploi qui ont encore un portefeuille d'actif...
Alors qu'ils n'en fréquentent qu'un, bien sûr....
Sans parler des portefeuilles des directrices d'agences, de leurs adjoint(e)s, des REPs, des responsables des PAGs, et j'en passe, toutes personnes qui, comme chacun sait, assurent un SMP efficace et quotidien....