
"LA FUSION POUR LES NULS"
De nombreux sites Pôle emploi risquent de rester fermés jeudi, selon les trois syndicats d’agents (CGT, SNU, SUD) qui appellent ce jour-là à une grève de vingt-quatre heures (1). La liste des revendications est longue, à l’instar de celle des dysfonctionnements provoqués par la fusion entre les ex-ANPE et les ex-ASSEDIC depuis le début de l’année, qui dégrade en même temps les conditions de travail des agents et le service rendu aux usagers, les chômeurs.
Le problèmedes effectifs
Premier problème, celui des effectifs, exacerbés par la crise. Alors que 3 000 nouveaux chômeurs s’inscrivent chaque jour à Pôle emploi (45 000 agents), la direction a consenti à un renfort de 1 840 recrutements, dont seulement 1 000 CDI, auxquels elle vient d’ajouter cette semaine 500 CDD. « Les embauches en CDI correspondent à un salarié supplémentaire par agence en France, c’est dérisoire », a commenté vendredi Stéphane Guillou, de la CGT, lors d’une conférence de presse des trois syndicats. Leur plate-forme commune appelle à des « renforts en effectifs massifs immédiatement », pour atteindre 60 chômeurs au maximum par agent, contre plus de 200 aujourd’hui.
Les syndicats demandent également un moratoire sur l’ouverture de « sites mixtes » assurant à la fois les missions d’indemnisation et de conseil en recherche d’emploi. La fusion masque en effet la fermeture de 30 % des points d’accueil, qui passeraient de 1 500 actuellement à 946 fin octobre, d’où des déplacements plus longs pour les demandeurs d’emploi. « À La Ferté-Alais, dans l’Essonne, des élus y compris UMP réagissent à la fermeture de Pôle emploi, une nouvelle étape de désertification », a rapporté Philippe Sabater, du SNU. Pour les agents, les regroupements d’antennes impliquent actuellement des va-et-vient d’un site à l’autre, dossiers sous le bras, mais les syndicats craignent des mutations forcées pour septembre. « On sait que tel site ferme, mais on ne sait pas ce que deviennent les agents. Même dans les sites qui ne ferment pas, chacun doit postuler à son propre poste. Il y a un gros malaise chez les personnels », explique Anne Bérard, du SNU, conseillère Pôle emploi à Maromme, près de Rouen. L’inquiétude vient aussi du manque de formation. À la rentrée, les agents seront placés à l’accueil avec seulement quelques jours d’initiation au métier « croisé » (indemnisation ou conseil). « J’ai suivi la formation sur l’assurance chômage, mais je suis incapable de répondre à un chômeur sur le montant de son allocation », déplore Anne Bérard.
refus des pratiques de contrôle
Dernier axe de l’appel à la grève, le refus des pratiques de contrôle sur les chômeurs, que ce soit par l’application de sanctions après deux refus d’« offres raisonnables d’emploi » ou par la vérification de l’authenticité des documents d’identité des étrangers. « La plupart des collègues refusent d’appliquer les directives », a souligné Sylvie Masson, de SUD. Signe d’un climat de contestation montante dans les agences, les syndicats expliquent que, depuis le début de l’année, de nombreux salariés viennent adhérer, s’organisent pour lancer des pétitions ou rédiger des textes collectifs dénonçant les condi tions de travail.
(1) L’appel est plus large dans certaines régions comme l’Île-de-France, où la CFDT, FO et la CFTC se sont jointes au mouvement.
Fanny Doumayrou
