La revue mensuelle de la fusion pour les nuls
L’immeuble a belle allure. Brique rouge, double vitrage… Voilà pourtant plusieurs années qu’il a été inauguré boulevard Ney, porte des Poissonniers. Mais, apparemment, même son label HQE ne suffira pas à séduire les salariés des agences Pôle emploi du XVIIIe, appelés à y emménager. Le projet de regrouper tous les services sur un site unifié, selon le modèle progressivement mis en œuvre par Pôle emploi, doit en principe se faire ici, entre Maréchaux et périphérique.
Or ici les salariés des agences concernées ont lancé une pétition pour s’y opposer.
Commune aux pôles Guy-Môquet, Damrémont, Compoint et Brochant, la « pétition boulevard Ney » gagne du terrain sur le Net et circule de boîte mail en boîte mail,
dénonçant sans état d’âme les « difficultés » que présente le projet. Par ordre croissant de préoccupation, « les possibilités de restauration, l’accessibilité du lieu, la sécurité et les risques
psychosociaux ».
Le projet sera présenté par la direction en janvier
Les agents ne se contentent pas d’évoquer l’environnement désolé que représentent un
centre d’hébergement d’urgence pour sans-abri, situé en face, ou ce bidonville en contrebas, qui ne cesse de s’étendre sur les voies désaffectées de l’ancienne petite ceinture ferroviaire de
Paris… « L’immeuble est à dix ou quinze minutes de marche sur le boulevard des Maréchaux, avec une ligne de bus, le PC3, très irrégulière et le plus souvent bondée », notent les pétitionnaires,
qui s’inquiètent aussi de devoir, s’ils arrivent par la porte de la Chapelle, « passer sous un pont, un tunnel long et sombre, pollué et souvent squatté ». Le voisinage? « Un haut lieu de la
prostitution et du trafic de drogue », affirment les signataires, qui se réfèrent à « plusieurs rapports sur la délinquance, des articles de presse et des reportages qui étoffent ce climat
d’insécurité ». Les « anti boulevard Ney » n’hésitent pas à évoquer une épidémie de dépression nerveuse chez les salariés…
Face à ce feu alarmant de critiques, Pôle emploi prône le calme. D’ailleurs, la pétition des agents du XVIIIe n’a officiellement pas encore gagné la direction.
Et, de toute façon, « le dossier de ce projet de site unifié ne sera présenté que dans le courant du mois de janvier au comité d’établissement », comme l’explique un représentant de la direction
de Pôle emploi. « Il y a aura une phase de présentation aux agents et, tant que l’étape du CE n’est pas franchie, rien n’est figé. »
Le Parisien ÉLODIE SOULIÉ
L'A2S de Labège ouvre ses portes dans des conditions difficiles
La Dépèche 28 novembre 2012
C'est bien ce matin que la nouvelle agence spécialisée de Pôle Emploi devrait ouvrir ses portes sur le site Greenpark de Labège, après un déménagement de la plateforme Périsud à sept kilomètres de là. Mais voila, le personnel qui a découvert, hier, son nouveau lieu de travail, a trouvé l'ambiance un peu froide.
Et pour cause, les derniers aménagements n'étaient pas encore terminés. «Ils sont arrivés dans un local en travaux, s'indigne Philippe Fageolles, le représentant CGT. Les ouvriers étaient toujours présents sur le chantier, des fils électriques pendaient des plafonds, très peu de postes informatiques étaient disponibles, et l'accueil n'était même pas installé»…
Les agents ont alerté le comité d'hygiène et de sécurité (CHSCT), alors qu'une jeune femme a fait un malaise à cause des odeurs de solvants et de peinture. «Il y a déjà eu de tels incidents dans une autre agence, il y a quelques mois, à Colomiers», notent les syndicalistes qui rappellent au passage que le personnel «a maintes fois communiqué auprès de la direction pour dire sa volonté de ne pas déménager principalement par rapport à l'éloignement du site». Après l'intervention du CHST deux jeunes femmes enceintes ont été autorisées à rentrer chez elle. Côté direction, on assurait, malgré tout, que tout serait prêt (chauffage, informatique…) pour accueillir le public ce matin, les dernières finitions devant être achevées hier, dans la soirée. Les demandeurs d'emploi devraient donc être accueillis dans de bonnes conditions.
L'agence Greenpark de Labège s'occupe de profils particuliers de demandeurs d'emplois, notamment les licenciés économiques. Elle développe aussi la méthode de recrutement par simulation. «Dans ce cas, les diplômes ou l'expérience ne sont pas les premiers critères, explique Frédéric Farkas, responsable de la communication de Pôle Emploi, c'est une méthode qui favorise le recrutement sur des habiletés, une capacité à exercer un métier. Nous organisons, avec le concours des entreprises, en tenant compte de leurs besoins, toutes les étapes de recrutement, de l'élaboration des exercices et des tests à la sélection finale». Une centaine de métiers sont ainsi approchés, notamment dans le secteur aérospatial, avec Airbus, la banque ou la grande distribution…
Gilles-R. Souillés
"Déjà des améliorations sont sensibles" selon Michel Sapin
Commission des Affaires Sociales du Sénat. Séance du 21 novembre 2012. Audition de Michel Sapin sur le PLF 2013 (Projet de Loi de Finances)
M. Jacky Le Menn, président. - Ce budget pour l'emploi dans une conjoncture économique difficile marque la volonté forte du Gouvernement de lutter contre le chômage, on ne peut que s'en féliciter. Nous devons tous donner priorité à l'emploi, Etat et collectivités territoriales.
Je salue la consolidation du service public de l'emploi après la fusion difficile de l'ANPE et des Assedic. Grâce aux 4 000 postes supplémentaires, le portefeuille des agents diminuera-t-il ? D'après nos contacts sur le terrain, ces derniers, qui sont eux-mêmes en emploi précaire...
M. Michel Sapin, ministre. - Nous créons des CDI !
M. Jacky Le Menn, président. - Très bien ! Ces agents, donc, n'ont pas le temps de rechercher des emplois auprès des entreprises - en particulier de convaincre les plus petites, là où sont les gisements d'emplois les plus importants - et d'accompagner correctement les personnes les plus éloignées de l'emploi. Pouvez-vous me rassurer ? Ne vend-on pas de l'illusion à nos concitoyens ?
M. Michel Sapin, ministre
Monsieur Le Menn, votre question sur Pôle emploi est la bonne : 2 000 postes créés, c'est mieux que les 1 800 supprimés par l'ancien gouvernement en période de hausse du chômage. A ces créations de postes, il faut ajouter les 2 000 que Pôle emploi s'est engagé à redéployer vers l'accueil des chômeurs. Déjà, des améliorations sont sensibles. Surtout, Pôle emploi s'est engagé dans une réforme importante : passer d'un système standardisé d'accueil au sur-mesure. Le jeune débrouillard, qui sait parfaitement utiliser internet, n'a pas besoin de rencontrer fréquemment un conseiller; un échange de courriers électroniques suffit peut-être. En revanche, les personnes les plus éloignées de l'emploi ont besoin d'un contact humain avec leur conseiller, à échéances rapprochées. Cette réforme oblige à modifier les affectations et les compétences. Les personnels réclament des moyens supplémentaires, mais apportent leur soutien à cette personnalisation de l'accueil.
L'audition intégrale de Michel Sapin devant la Commission du Sénat
La Tribune 27 novembre 2012
Sans surprise, pour le dix-huitième mois consécutif le nombre des demandeurs d'emploi a continué de croître en octobre. Le nombre des chômeurs (catégorie "A") a progressé de 45.400 soit, +1,5% sur un mois (France métropolitaine). Si l'on tient compte des demandeurs d'emploi ayant exercé une activité partielle en novembre, l'évolution est de 1,6% (+71.500) soit 4.587.000 inscrits. Pour faire face à cet afflux, Pôle emploi est en passe de finaliser un niveau dispositif d'accompagnement des chômeurs, plus ou moins appuyé selon que le demandeur d'emploi se trouve en difficulté ou non.
Dix-huit mois!!! Fin octobre, pour le dix-huitième mois consécutif, le nombre des demandeurs d'emploi a progressé en France. Certes, le président de la République, suivi par son gouvernement, a prévenu: il ne faut pas compter sur une inversion de la tendance avant, au mieux, la fin 2013. Un exercice de lucidité nécessaire, vu la conjoncture morose. Il n'empêche, chaque publication mensuelle des statistiques sur le chômage continue de faire mal. Fin octobre, selon les dernières données du ministère du Travail publiées ce mardi 27 novembre, il y avait 3.352.700 demandeurs d'emplois inscrits en catégorie "A" (y compris Dom), soit une progression de 1,4% sur un mois et surtout de 10,2% sur un an .
45.400 chômeurs de plus en un mois en France métropolitaine
Pour la seule France métropolitaine, le nombre des demandeurs d'emploi en catégorie "A" progresse de 45.400 sur un mois (soit +1,5%) et de 10,6% sur un
an.
Si, cette fois, l'on ajoute également les demandeurs d'emploi qui ont exercé une activité réduite durant le mois, le nombre des chômeurs (y compris Dom)
s'élève à 4.870.800 (catégories "A, B et C), soit une hausse de 9,2% sur un an. Et avec la conjoncture morose, pas de miracle non plus s'agissant de la durée du chômage. Le chômage de longue
durée (plus d'un an) concerne maintenant 1.775.800 personnes, soit une progression impressionnante de 11,5% en un an.
Faute de croissance, le gouvernement table sur les emplois aidés et le crédit d'impôt pour freiner la hausse du chômage
Des données toujours aussi déprimantes donc. Le gouvernement fait le dos rond en attendant des jours meilleurs. Pour ralentir la hausse, il compte bien entendu sur ses différentes "armes" anti-chômage. Les contrats aidés, d'abord. Dont les 100 000 contrats d'avenir (réservés au secteur non marchand) prévus pour 2013. Le rythme de signatures de ces contrats est déjà assez élevé. Le contrat de génération ensuite (dans le secteur marchand) qui va permettre en 2013 d'inciter les entreprises à recruter un jeune tout en gardant un senior dans son emploi. Le soutien à l'économie, ensuite. Avec, en premier lieu, le pacte de compétitivité et son fameux crédit d'impôt en faveur de la compétitivité et de l'emploi (CICE). Un crédit d'impôt qui sera d'autant plus favorable pour les entreprises que leur masse salariale (pour les salaires inférieurs à 2,5 Smic) sera élevée. La réforme du marché du travail , enfin. Le gouvernement attend beaucoup des partenaires sociaux dans le cadre de la grande négociation qu'ils ont engagé pour fluidifier les règles régissant l'emploi. Normalement, patronat et syndicats doivent avoir abouti pour le 31 décembre...
3 niveaux de suivi différents à Pôle emploi pour les chômeurs
En attendant, pour faire face à cet afflux de demandeurs d'emploi, Pôle emploi est en passe de finaliser son nouveau dispositif d'accompagnement des chômeurs, baptisé "suivi différencié". Après évaluation, les demandeurs d'emploi seront divisés en trois catégories. Les chômeurs les plus éloignés de l'emploi seront considérés comme prioritaires. Ils bénéficieront d'un accompagnement renforcé, assuré par des conseillers qui ne pourront pas suivre plus de 70 dossiers au total. Actuellement, grosso modo, un agent de Pôle emploi suit 160 chômeurs. A un second niveau, on trouvera des chômeurs en moindre difficulté. Eux, auront droit à un accompagnement "guidé" dont les modalités seront arrêtées avec le conseiller. A ce niveau, chaque conseiller ne devra pas suivre plus de 150 chômeurs. Enfin, au troisième niveau, se situeront les demandeurs d'emploi semblant les plus autonomes et les plus proches de l'emploi. Ils feront l'objet d'un simple suivi administratif avec un rendez-vous en agence limité à tous les 4 mois environ. Un conseiller suivrait au maximum 350 dossiers ce type.
Avant la nouvelle parution mardi 27 novembre des chiffres mensuels des demandeurs d’emploi, en hausse continue depuis avril 2011, plongée dans le quotidien d’une agence Pôle emploi dans la banlieue de Rouen
Il y a là un grand gaillard en anorak, une jolie jeune fille brune aux ongles peints, un homme qui cherche ses papiers dans une chemise cartonnée, et une maman tenant bien serrée sa petite fille, qui elle-même étreint sa peluche. Ce matin-là, moins d’une dizaine de demandeurs d’emploi attendent leur tour. Les uns, convoqués, patientent, assis, avant d’être appelés. Les autres font la queue derrière la ligne verte de l’espace accueil.
Ce n’est pas exactement la foule à laquelle on s’attendrait en cette période de crise. Implanté dans la zone artisanale du Moulin à Poudre, le Pôle emploi de Maromme, en périphérie de Rouen, n’est pas une grosse agence. Ici, 30 salariés travaillent, dont 22 conseillers. Et, toutes catégories confondues, 5 237 demandeurs d’emploi y étaient inscrits en septembre.
Pourtant, la crise est bien là. En un an, le nombre d’inscrits en catégorie A, celle qui regroupe les chômeurs qui n’ont pas du tout travaillé le mois écoulé, a bondi de 13,4 %. Une vraie explosion. À l’inverse, dans ce bassin d’emplois très industriel, le nombre d’offres disponibles a dégringolé de 8,3 % en un an.
Frédéric (1), 20 ans, fait partie de ces tout nouveaux demandeurs d’emploi. Après deux ans d’alternance et plusieurs mois de CDD, il vient s’inscrire à Pôle emploi, flanqué de sa mère et de sa sœur. Direction le box numéro 3, tout au fond de l’agence, un petit espace séparé des autres par des parois à mi-hauteur.
En face de lui, Antoine Cavelier, conseiller Pôle emploi, mène l’entretien. A-t-il travaillé au moins 122 jours au cours des 28 derniers mois ? Oui ? Tant mieux, il devrait avoir droit à une indemnisation, autour de 15 € par jour pendant 400 jours, calcule le conseiller. Veut-il un CDI ? un CDD ? À temps plein ? Accepterait-il de faire 30 km de trajet ?
Frédéric, peu bavard, acquiesce. En fait, corrige sa mère, ce qu’il voudrait vraiment, c’est monter son entreprise de location pour transporter des machines agricoles vers des chantiers car il sait qu’il y a des besoins. Mais il lui faut un permis poids lourd. Combien ça coûte ? « Rien madame, c’est gratuit », répond Antoine, qui décroche son téléphone.
Mais, explique son interlocuteur formation sur le haut-parleur du combiné, ce n’est pas si simple : le public cible, ce sont les futurs salariés des entreprises de transport, pas les créateurs d’entreprise. Antoine « briefe » donc Frédéric sur ce qu’il devra dire pour obtenir la formation. Frédéric et sa mère échangent un sourire.
C’est décidément la journée d’Antoine. Rose-Marie, l’une de ses « clientes » préférées, réussit à passer le barrage de l’accueil et se présente à lui sans rendez-vous. Drôle, pleine d’énergie, cette femme de ménage, veuve et mère de deux enfants, a une bonne nouvelle à partager avec lui, qui, depuis des années, la soutient dans son projet de reconversion.
En 2012, elle a réussi les tests pour intégrer une formation d’aide médico-psychologique, un métier en tension, mais n’a pas été retenue pour le financement par le conseil régional. Mais, victoire, elle vient d’obtenir de la mairie une aide de 1 000 € et d’une congrégation religieuse une autre de 2 500 €. Il reste à Antoine à faire financer 1 500 € par Pôle emploi. Il est confiant. La formation commence en janvier.
Box 5, Laurence Rose mène, elle, des entretiens de suivi. Dans son « portefeuille », cette conseillère a près de 200 demandeurs d’emploi déjà inscrits à accompagner. Avec un tel chiffre, énorme pour cette agent en temps partiel, elle n’a jamais pu assurer en entretien physique tous les « SMP », les suivis mensuels personnalisés, de ses demandeurs d’emploi, pourtant consigne officielle jusqu’à il y a peu.
Sa collègue Nadia Quevilly en a, elle, 257. Comme tous les conseillers, Laurence et Nadia tournent par demi-journée sur les différents postes de l’agence : accueil, inscription, suivi, services entreprises, aide informatique, ateliers… Chaque jour, l’agence affecte aussi un de ses conseillers pour répondre au 3949, la plate-forme téléphonique de Pôle emploi.
Ce matin-là, donc, Laurence Rose a convoqué Mathilde, une jeune maman au RSA, pour faire le point. Titulaire d’un CAP de jardinier paysagiste, Mathilde a voulu quitter ce secteur après une allergie à une plante. Désormais, elle souhaite devenir monitrice d’auto-école. Mais pour cela, il lui faut un diplôme, objecte Laurence.
Mathilde répond que, justement, elle a passé des tests pour faire une formation. Mais on ne lui a pas donné de réponse et elle ne se rappelle plus le nom du centre de formation. Patiemment, Laurence trouve le centre. L’appelle. Mathilde n’a pas été retenue. Elle encaisse la nouvelle, résignée.
Pour vérifier que ce métier lui plaît assez pour retenter la formation l’an prochain, Laurence lui propose de faire une « EMT », une « évaluation en milieu de travail », un stage non rémunéré. Délicatement, la conseillère lui demande aussi si elle a « envisagé d’autres possibilités ». « J’avais l’idée de créer mon entreprise », répond la jeune femme. Alors la conseillère l’inscrit à un atelier création d’entreprise. Et aussi à la réunion d’information sur les services de Pôle emploi.
Entre les 12 entretiens, chacun de 30 minutes, qu’elle a programmés aujourd’hui, Laurence essaie d’intercaler « tout un tas de petites tâches ». « Il faut que je traite mes télécandidatures » (NDLR : les candidatures effectuées depuis pole-emploi.fr, qui doivent être validées par les conseillers), que je gère les offres de mon portefeuille d’entreprises, que j’appelle deux employeurs, que je fasse mes convocations, que j’envoie une demande de formation… »
Et l’informatique ne lui facilite pas toujours la tâche. « À chaque nouvelle version, ça coince. Hier, on a été embêtés une demi-journée », confirme Christine Delorme, la directrice. Pour autant, Laurence refuse de crier au loup. « C’est vrai qu’on a beaucoup de travail mais c’est partout pareil non ? »
L’arrivée en octobre d’un nouveau CDI, un des 2 000 promis par le gouvernement, est une bouffée d’oxygène, mais, chacun le dit, face à la crue toujours montante du chômage, ce renfort ne sera pas suffisant.
De l’autre côté de l’agence, Nadia Quevilly s’affaire sur son ordinateur. Aujourd’hui, elle travaille au service entreprises, consacré à la collecte des offres d’emploi, l’agence de Maromme étant spécialisée dans la restauration. Un secteur autrefois pourvoyeur d’embauches mais qui, à son tour, est à la peine. Il est donc crucial de convaincre les quelques entreprises qui embauchent de publier leur offre à Pôle emploi.
Une à deux fois par mois, les conseillers se déplacent dans les entreprises. « Il y a vingt-cinq ans, à l’ANPE, c’était une fois par semaine », note Laurence Rose. Néanmoins, le service entreprises vient de réussir un joli coup. Avec un restaurant, sur le point d’ouvrir sur les quais de Rouen, l’agence a monté 36 « POE », des « préparations opérationnelles à l’emploi », qui consistent à cofinancer des formations courtes de demandeurs d’emploi pour les adapter aux besoins d’une entreprise, avec, à la clé, la promesse d’une embauche.
Retour à l’accueil. Emmitouflée dans son manteau, Céline, 24 ans, soupire. « Je suis convoquée, donc je viens, mais ça ne sert à rien », explique-t-elle doucement. Bac + 4 en littérature, la jeune femme, demandeuse d’emploi depuis un an, sait bien qu’elle aura du mal à trouver dans son secteur. Mais où trouver ailleurs ?
« Dans les bibliothèques, il n’y a plus d’embauche, dans le secrétariat, je me suis fait griller par des bac pro. Je suis à un stade où je ne sais plus où chercher. Mais à part me proposer des ateliers qui ne servent à rien, Pôle emploi ne m’aide pas à trouver de nouvelles pistes. »
« L’accueil est plutôt sympa, nuance Stéphane*, venu pour déposer une attestation d’employeur, mais les contrats, je me les trouve moi-même. » Estelle, qui, depuis dix ans, alterne petits contrats et périodes de chômage, est plus amère. « Franchement, les seules offres qu’ils m’ont envoyées, c’était n’importe quoi. Par exemple, on m’a proposé un truc qui commençait à 5 heures du mat au Havre, alors que je leur ai dit que j’étais seule avec deux enfants et que je n’avais pas de véhicule. »
Or la réglementation prévoit que, en cas de refus de deux « offres raisonnables d’emploi », on peut être radié. « Ça m’est arrivé trois fois, raconte Estelle avec humeur, trois fois je suis allée en commission me défendre et trois fois, ils ont dû me réinscrire. »
L’anecdote, rapportée à Antoine Cavelier, étonne le conseiller. « On a eu, il y a longtemps, un directeur qui aimait bien radier, entre nous, on l’appelait “Le Radiator”. Mais, à part ce cas exceptionnel, les radiations sanctions sont très rares. » En revanche, les radiations pour « absence à convocation » sont légion.
« En cas d’absence à un rendez-vous, on demande des explications. Si au bout de quinze jours, on n’en reçoit aucune, on peut radier l’absent, ce qui a pour conséquence de suspendre l’allocation », confirme Christine Delorme, la directrice, qui a « traité » 12 radiations ce matin-là.
Forcément, quand ce genre de choses arrive, ça fâche. « Quand les gens viennent nous voir, explique Johan Quesné, en poste à l’accueil ce jour-là, dans 80 % des cas, c’est qu’ils ont un problème. Et le top 2 des problèmes, c’est pourquoi je n’ai pas été payé et pourquoi vous me réclamez un trop-perçu. Ce matin, j’ai eu un monsieur à qui on demande de rembourser 200 € parce qu’il s’est trompé sur ses déclarations. Sur une allocation de 850 €, je peux comprendre que ce soit l’angoisse. »
L’an dernier, un agent s’est pris une claque. Mais, reprend Johan, « la plupart du temps, les gens restent très gentils, c’est même étonnant à quel point ».
(1) Les prénoms des demandeurs d’emploi ont été changés.
NATHALIE BIRCHEM, à Maromme (Seine-Maritime)
Thierry Repentin et Michel Sapin
vendredi au CA de Pôle emploi
Les Echos 25 novembre 2012
Le « suivi différencié » des chômeurs entre en vigueur début 2013.
Nouveau départ en vue pour Pôle emploi. L'organisme met la dernière main à la refonte de l'accompagnement des chômeurs qui entrera en vigueur début 2013. Exit le « suivi mensuel personnalisé » pour tous, dont la mise en oeuvre s'est heurtée de plein fouet à l'explosion du nombre de chômeurs. Place au « suivi différencié ». Clef de voûte du plan élaboré par le directeur général, Jean Bassères, il vise à optimiser les ressources selon les besoins réels de chaque chômeur.
Mardi dernier, devant le comité central d'entreprise, puis vendredi, en conseil d'administration (CA) et en présence des ministres Michel Sapin (Emploi) et Thierry Repentin (Formation professionnelle), la direction a fait le point sur les trois futurs niveaux d'accompagnement.
Prioritaires, les chômeurs le plus en difficulté auront un accompagnement « renforcé » par des conseillers suivant 70 personnes maximum. 2.585 conseillers, à raison de 2 ou 3 par agence, y seront dédiés, pour 180.000 bénéficiaires. Second niveau, pour les chômeurs en moindre difficulté un accompagnement « guidé », dont l'intensité et les modalités seront définis par les conseillers, auxquels, autre changement de fond, la réforme accorde plus d'autonomie. Ce niveau concernera la « majorité » des demandeurs d'emploi et chaque conseiller suivra 100 à 150 chômeurs, selon les fourchettes « indicatives » présentées. Dernier niveau, pour les proches de l'emploi autonomes dans leur recherche, un simple suivi administratif à distance, avec un rendez-vous en agence tous les 4 mois. Un conseiller suivrait alors de 200 à 350 personnes.
Aujourd'hui, un conseiller gère en moyenne 161 chômeurs. Ces dispositions s'appliqueront aux chômeurs de catégorie A et B, qui ne travaillent pas du tout ou moins de 78 heures par mois. Les 500.000 demandeurs d'emploi accompagnés par des opérateurs privés y termineront leur suivi en cours avant de basculer, si besoin, dans le nouveau système.
Les syndicats de Pôle emploi ont fait part de fortes réserves. Ils craignent que des chômeurs pâtissent d'un accompagnement trop léger et soulignent qu'une réelle amélioration du service nécessiterait un renfort de moyens, un message aussi relayé par les confédérations syndicales, qui siègent au CA. Début juillet, le gouvernement a financé l'embauche de 2.000 CDI mais les syndicats jugent qu'il en faudrait deux à trois fois plus. Avec la réorganisation, « 20.000 agents auront en charge un portefeuille de demandeurs d'emploi en 2013 contre 18.000 à fin juin », assure la direction, qui prévoit en outre d'ici à 2015 de basculer 2.000 agents des fonctions support vers l'accompagnement. « Cela ne suffira pas. Le chômage va continuer de progresser en 2013 et il faudra bien, et vite, se reposer la question des moyens », insiste Maurad Rhabi (CGT).
Lors du CA, Michel Sapin et Thierry Repentin ont par ailleurs écarté toute régionalisation du service public de l'emploi mais évoqué un renforcement des prérogatives des régions dans la formation des chômeurs. Les formations longues pourraient leur être confiées tandis que Pôle emploi se contenterait d'assurer les formations plus courtes.
Le nombre de conseillers par région
L'AFP a dévoilé le nombre de conseillers affectés à l'accompagnement renforcé: 2 585
20 000 agents de Pôle emploi chargés d'un portefeuille de chômeurs.
La fusion pour les nuls dévoile aujourd'hui leur répartition, région par région.
Attention: il s'agit bien d'ETP (Equivalent Temps
Plein) et non de personnes physiques. Il convient de tenir compte de l'impact du temps partiel.
|
|
Objectif régional dédié à l'accompagnement renforcé |
||
| Total ETP accompagnement renforcé | |||
| ALSACE | 52 | ||
| AQUITAINE | 118 | ||
| AUVERGNE | 42 | ||
| BASSE NORMANDIE | 47 | ||
| BOURGOGNE | 47 | ||
| BRETAGNE | 86 | ||
| CENTRE | 76 | ||
| CHAMPAGNE ARDENNE | 45 | ||
| CORSE | 9 | ||
| FRANCHE COMTE | 35 | ||
| GUADELOUPE | 42 | ||
| GUYANE | 12 | ||
| HAUTE NORMANDIE | 70 | ||
| ILE DE FRANCE | 603 | ||
| LANGUEDOC ROUSSILLON | 124 | ||
| LIMOUSIN | 24 | ||
| LORRAINE | 91 | ||
| MARTINIQUE | 41 | ||
| MAYOTTE | 4 | ||
| MIDI PYRENEES | 133 | ||
| NORD PAS DE CALAIS | 201 | ||
| PAYS DE LA LOIRE | 103 | ||
| PICARDIE | 65 | ||
| POITOU CHARENTES | 48 | ||
| PROVENCE ALPES COTE D'AZUR | 155 | ||
| REUNION | 85 | ||
| RHONE ALPES | 227 | ||
| NATIONAL | 2 585 |