Personne ne conteste la nécessité d'assainir les comptes de l'assurance, dont la dette s'alourdit d'un milliard de francs par an, mais les avis divergent sur
les remèdes à apporter.
La majorité bourgeoise a imposé ses vues au Parlement. Elle a prévu d'agir sur deux fronts: une amélioration des recettes via 646 millions de francs de
hausses de cotisations et une réduction des dépenses grâce à 622 millions de coupes dans les prestations.
Cotiser plus longtemps
Les assurés toucheront toujours 80% (voire 70% s'ils n'ont pas d'enfant à charge) de leur dernier salaire s'ils n'ont plus d'emploi, mais ils devront cotiser
davantage et plus longtemps pour un soutien parfois plus bref. Pour obtenir les 18 mois usuels d'indemnités, ils devront avoir alimenté l'assurance aussi longtemps, soit six mois de plus
qu'actuellement.
Seuls les plus de 55 ans et les titulaires d'une rente d'invalidité à au moins 40% pourront encore bénéficier de 520 jours d'indemnités. A leur grand
mécontentement, les régions durement frappées par la crise ne pourront plus accéder à cette extension temporaire. Exit aussi la possibilité de prolonger la durée du chômage partiel.
Jeunes pénalisés
Les jeunes trinqueront particulièrement. Si les moins de 30 ans ne veulent pas être pénalisés par l'assurance, ils devront accepter un emploi même s'il ne
tient pas compte de leurs aptitudes ou de leur formation. Les moins de 25 ans sans enfant ne pourront en outre plus prétendre à plus de 9 mois d'indemnisation. Quant aux étudiants sans travail
après leur formation, ils devront se contenter de 90 jours d'indemnités au lieu de 200, et ce après six mois d'attente. Les délais généraux d'attente sont allongés. Certains chômeurs sans
charge de famille devront patienter jusqu'à 20 jours au lieu de 5 pour voir la couleur de l'argent.
Côté cotisations, tous les assurés passeront à la caisse: la ponction salariale augmentera de 2 à 2,2% financés à part égale par l'employé et l'employeur. Un
pour cent de solidarité sera en outre prélevé pour amortir la dette auprès des personnes qui gagnent entre 126'000 francs et 315'000 francs par an.
Faire payer les "top managers"
Aucune ponction n'est prévue pour les revenus allant au-delà. Un scandale pour le comité de référendum qui fait campagne avec le slogan "à eux les bonus, à
nous les malus". La gauche veut sauver l'assurance en soumettant les hauts salaires dans leur totalité à des cotisations. D'autant qu'à ses yeux, les économies prévues n'en sont guère
puisqu'elles produiront surtout un transfert de charges vers l'aide sociale.
Certains cantons font grise mine devant une facture qui pourrait atteindre 100 millions selon le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), mais, à l'image de
Genève et de Neuchâtel, ils ont déjà adapté leurs budgets en conséquence. La décrue du chômage depuis janvier pourrait détendre la situation. Le Seco anticipe un taux moyen de 3,9% pour l'année
et selon la ministre de l'économie Doris Leuthard, le plus dur de la crise est passé.
Le Conseil fédéral est légalement obligé d'assainir l'assurance. Il a décidé fin juin que si le "non" l'emportait, il porterait le taux de cotisation à 2,5%
dès l'an prochain, ce qui pèserait sur le budget de tous les ménages et les entreprises. Argument central de la campagne des partisans de la réforme, cette menace pourrait bien faire
mouche.
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Dimanche soir: résultat du référendum
Chômage: les Suisses vont cotiser plus pour des prestations moindres
AFP dimanche soir 26 septembre 2010
Les Suisses ont accepté dimanche par référendum une loi prévoyant une augmentation des cotisations pour l'assurance chômage ainsi qu'une réduction des
prestations pour les chômeurs.
Les électeurs helvétiques qui étaient appelés à se prononcer sur la quatrième révision de la loi sur l'assurance chômage, ont approuvé à une majorité de 53,4%
(bien 53,4%) une augmentation du taux de cotisation, qui passe de 2 à 2,2% et dont le poids sera réparti entre employeurs et employés.
La nouvelle loi doit permettre, selon le gouvernement, d'assainir les finances de l'assurance chômage (dont la dette atteint 7 milliards de francs, soit 5,3
milliards d'euros) mises à mal après une forte augmentation du nombre de chômeurs en 2009 en raison de la crise.
Le taux de chômage helvétique a culminé en janvier à 4,5%, un niveau relativement bas comparé aux voisins européens de la Suisse. Ce taux a en outre baissé
depuis le début de l'année et atteignait 3,6% en août.
Soutenue par la droite, la révision de la loi a suscité les critiques des partis de gauche et des syndicats qui ont demandé le référendum, estimant qu'elle
amènera les travailleurs à cotiser plus et plus longtemps pour des prestations rognées.
Aux termes de la nouvelle loi, la durée d'indemnisation est alignée sur le temps de cotisation. Pour obtenir les 18 mois d'indemnités prévus par la loi, les
chômeurs devront cotiser pendant la même période, soit six mois de plus qu'actuellement.
Le texte réduit également la marge de manoeuvre des cantons dont certains subissent des taux de chômage plus élevés que la Confédération et qui ne pourront
plus prolonger le nombre de jours d'indemnités en temps de crise. De même le chômage partiel ne pourra être prolongé.
Les jeunes sont les plus visés. Les moins de 30 ans seront notamment tenus d'accepter un emploi même s'il ne correspond pas à leur formation.
Le président du comité à l'origine du référendum, Thomas Näf, interrogé par l'agence suisse ATS, a regretté le vote de dimanche, qui va aboutir, selon lui, à
augmenter les conditions de travail précaires. Les chômeurs bénéficiant d'une aide sociale devront désormais "accepter n'importe quel travail sans qu'il soit tenu compte de leurs
qualifications", a-t-il expliqué.
Le Parti socialiste a également déploré l'issue du vote, malgré le non ferme qui l'a emporté en Suisse romande où, a-t-il souligné dans un communiqué, "la
situation économique est plus difficile et où un véritable débat a été mené sur la nécessité d?une assurance chômage solide".
Selon le Parti suisse du travail (PST-POP), la nouvelle loi va permettre "aux employeurs de baisser les salaires et de détériorer les conditions de
travail".
"C?est un échec dans la lutte contre le démantèlement social en Suisse", a estimé le parti dans un communiqué.
Copyright © 2010 AFP